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Deux témoignages sur Ivanka

"Tenace, attentive aux autres, pleine de chaleur et d’attention, qu’elle mettait dans tout ce qu’elle entreprenait".

Ivanka (" Gaïka") Kutsenko (26 juin 1993-1er octobre 2026)
Oct 5, 2026

Sources: RESU, Patrick Le Tréhondat, Spylne

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Les témoignages de personnes qui ont croisé Ivanka au cours de ces dernières années affluent. Nous reproduisons ici celui de Dariia. Avec la rédaction de Spylne, nous vous invitons aussi à voir une brève vidée où vous retrouverez Ivanka, son sourire, son énergie débordante. La vidéo est en ukrainien mais on n'a guère besoin de comprendre la langue pour apprécier.

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Ivanka : un récit personnel

Je me souviens de la première fois où j’ai vu Ivanka. J’étais assise dans le tram quand une jeune fille aux cheveux roux, avec un tatouage dans le cou où on pouvait lire « Ni Dieu, ni maître, ni mari », s’est mise à côté de moi. Ou peut-être qu’elle était assise et que j’étais debout à côté d’elle. L’une ou l’autre de ces deux possibilités. J’en ai parlé à mon amie, Ana Nevidoma : J’ai tout de suite reçu une réponse m’annonçant que cette jeune femme allait me rejoindre à l’École d’été des perspectives de gauche, organisée cette année-là par Bri [une membre de Sotsialnyi Rukh]. Je n’ai pas osé aller me présenter — on s’est rencontrées à l’École de gauche, lors d’un cercle de femmes où Ivanka racontait comment elle avait appris à ne plus avoir peur des bombardements. Moi aussi, j’ai parlé de mon syndrome de stress post-traumatique: on était en septembre 2022, et je m’en étais pas encore remise. Elle m’a tendrement prise dans ses bras, avec tellement de gentillesse dans ce geste que je me suis demandée : « Mais qu’est-ce que j’ai bien pu faire pour mériter ça ?» Par la suite, j’ai suivi sa chaîne, qui traitait de cuisine (principalement du sarrasin préparé de manière raffinée), de son amitié avec les enfants, du vélo – cet hiver-là, elle avait décidé de ne pas interrompre la « saison cycliste » – et de la « Hodivnychka » [une distribution de repas végétaliens à Lviv pour les personnes dans le besoin, organisée tous les dimanches matins par Bilkis – Ivanka en était le moteur].

J’ai aussi suivi ses voyages, avec Anya, pour rendre visite aux enfants roms à Stryi – à un moment, Anya m’a invitée à les rejoindre, mais je n’ai pas osé. C’est dommage. Plus tard, elles ont sillonné le Donbass non occupé, recueilli des témoignages, et ont fini par monter un zine. J’ai lu ce zine cet hiver à la Galerie municipale de Lviv.

Ivanka m’a emprunté une tente, puis elle m’a offert cette « petite maison ». Parce que cette tente ressemblait exactement à la sienne, qu’elle avait laissée à Rubizhne. Et ces 1 000 hryvnias m’ont vraiment aidée à l’époque, car j’avais des difficultés financières et je n’avais pas assez d’argent pour acheter mes médicaments. Ivanka est arrivée avec cette proposition, comme une fée tombée du ciel.

Puis elle s’est engagée dans l’armée. Je me souviens avoir participé à une collecte de fonds pour elle. Je n’arrêtais pas de me demander comment une jeune fille comme elle avait pu s’engager dans ce régiment d’infanterie de marine. Elle m’avait invitée à Odessa [pendant un certain temps, l’unité d’Ivanka était stationnée non loin d’Odessa], mais finalement, je n’y suis jamais allée. Dommage.

Je ne la connais pas aussi bien que beaucoup d’autres, mais ces derniers jours, j’ai gardé tout ce qui a été écrit sur elle pour pouvoir le conserver (j’ai cette habitude : préserver les souvenirs). Je me rends compte que le souvenir qu’elle laisse derrière elle est vraiment rayonnant. Voilà une femme, voilà un phénomène – une personne extraordinaire.

4 octobre 2026

Dariia Dahuanna

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La revue ukrainienne de gauche "Spylne" vous invite à voir une vidéo d'Ivanka avec les enfants de Sviatohirsk, une petite ville du Donbass

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Le 1er octobre 2026, Ivanka, surnom « Haika », a trouvé la mort alorsqu’elle rejoignait sa position de combat — elle occupait le poste d’infirmière de combat au sein du 39e bataillon indépendant de marines.

 

Ivanka était anarchiste, féministe et une bonne amie pour beaucoup d’entre nous. Elle mettait ses idées libertaires en pratique dans tout ce qu’elle faisait : de ses relations avec les autres à son militantisme, en passant par sa vie dans l’armée, où elle a dû se battre pour se faire une place au sein d’une structure patriarcale.

 

Originaire de Rubizhne, aujourd’hui occupée, Ivanka s’intéressait au Donbass, à sa culture et à ses habitants. Elle était cofondatrice de l’association féministe « Bilkis », membre de l’« Atelier féministe » à Lviv et militante au sein de Street Aid Daily à Odessa. Ivanka inventait et organisait sans cesse de nouveaux projets, réalisait des publications underground, donnait des conférences et s’impliquait dans les initiatives qu’elle jugeait importantes.

 

L’une de ces causes qui lui tenaient à cœur, c’était le travail avec les enfants. Avec « Les Jardins du Donbass », Ivanka traduisait et enregistrait des contes pour enfants — sur l’égalité, le véganisme, le Donbass et la guerre. Et en 2023, elle s’est rendue à Sviatohirsk, libérée de l’occupation russe, où des bénévoles venus de différentes villes d’Ukraine aidaient à reconstruire la ville et avaient organisé un camp d’été pour le senfants du coin, sur lequel on avait alors tourné un reportage.

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Quelques mois plus tard, Ivanka a sécidé de rejoindre l'armée. Aujourd’hui, on te propose de revoir ce reportage et de te souvenir d’Ivanka telle que ses amis et amies se souviennent d’elle : tenace, attentive aux autres, pleine de chaleur et d’attention, qu’elle mettait dans tout ce qu’elle entreprenait.

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Voici un résumé du reportage réalisé;en 2023:

Quel genre de pouvoirs surhumains faut-il pour offrir aux enfants une enfance normale à 30 kilomètres du front ? La ville de Sviatohirsk, oblast de Donetsk, a été sous occupation russe pendant presque tout l’été dernier. En juillet de cette année, Baza.ua et des bénévoles venus de toute l’Ukraine ont commencé à contribuer au rétablissement de la normalité dans la ville libérée, ainsi qu’à organiser un camp d’été pour les enfants locaux. Notre équipe a rejoint l’initiative pour vous montrer comment fonctionnent la solidarité et l’auto-organisation en temps de guerre. Lien avec le reportage sur YouTube: cliquez ici.

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