Francesca MELANDRI « Les pieds froids »
Melandri interroge la société sur ce que signifie vraiment dire « vouloir la paix »

Source: France Blanmailland (RESU-Belgique)
Francesca MELANDRI « Les pieds froids » 330 p., Gallimard (mars 2026)
Dans « Les pieds froids » Francesca Melandri mêle, comme elle l’a fait dans ses précédents romans,
l’intime, l’histoire et la politique. Il s’agit d’une longue réflexion sous forme de conversation avec un
père (mort) qui fut fasciste, et surtout l’un des Alpini (chasseurs alpins) protagonistes de ce qui est
passé dans le souvenir collectif comme le traumatisme de la désastreuse retraite de Russie (qui fut
surtout en Ukraine). Au fil de ce monologue émergent une série de questions et de parallèles entre
passé et présent. D’abord, sans omettre les ombres et les nuances, la période où l’Italie fut fasciste et
impérialiste, années sur lesquelles la société italienne n’a jamais trop voulu s’appesantir, pour utiliser
un véritable euphémisme. On apprend par exemple qu’en mai 2022, le parlement italien a voté dans
l’adhésion générale l’approbation d’une loi mémorielle, pour honorer par une journée à célébrer
chaque année le 26 janvier la mémoire et le sacrifice des Alpini. Pourquoi cette date? Parce que le 26
janvier 1943 eut lieu la bataille décisive que gagnèrent les troupes soviétiques contre les troupes de
l’Axe, dont l’Italie fasciste de l’époque. Dans le texte, pas un mot d’autocritique sur les visées
impérialistes de ces armées d’invasion. En miroir de ce passé qui n’a jamais été vraiment digéré, c’est
surtout le présent dont nous parle Melandri, avec les aveuglements d’une partie écrasante des
mouvements de gauche face à la Russie et à la guerre qui s’est abattue sur l’Ukraine. Solidaire de la
résistance ukrainienne face à cette guerre coloniale, Melandri interroge la société sur ce que signifie
vraiment dire « vouloir la paix », et refuse et dénonce d’une voix aussi riche en arguments qu’en
émotion l’empathie sélective et ses invraisemblables errances.






