Analyses

Octobre 2026 en Ukraine : un Panorama

Octobre 2026 a été un mois crucial pour l'Ukraine avec la trahison des Etats-Unis

Vladimir Poutine a qualifié mercredi de "génie" le magnat de la tech américain Elon Musk pour avoir déployé des milliers de satellites en orbite
Oct 29, 2026

New Politics https://newpol.org/the-trump-putin-october-offensive-against-ukraine/

Notre site a publié ces dernières semaines de nombreux articles sur tous les aspects du développement de la situation de l'Ukraine, au point de vue humanitaire, militaire et international. Ce panorama d'octobre 2026 offre un tableau d'ensemble. La solidarité internationale "par le bas" est plus que jamais nécessaire. Le Convoi international de solidarité qui passera par la Belgique en novembre mérite d'être appuyé

L’idée de Donald Trump pour mettre fin à la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine « en 24 heures », comme il l’a promis au moins 53 fois pendant sa campagne présidentielle, a toujours été de forcer l’Ukraine à céder aux exigences de la Russie : l’acquisition de nouveaux territoires, la « dénazification » (changement de régime) et la «démilitarisation» (occupation militaire russe).

Le problème pour Trump a été le refus de l’Ukraine de capituler. Les lignes de front sont pratiquement figées depuis le début de l’année 2023, l’Ukraine ayant regagné plus de territoire en 2026 (120 miles carrés) qu’à aucun autre moment depuis ses contre-offensives victorieuses dans les oblasts de Kharkiv et de Kherson à l’automne 2002.

L’engagement de Trump en faveur de la victoire de la Russie aurait dû être clair dès le début de son mandat. Trump a immédiatement mis fin à l’aide militaire et économique américaine à l’Ukraine. Le 19 février 2025, un mois après son investiture et à la suite d’une réunion entre des responsables russes et américains en Arabie saoudite au sujet de l’Ukraine, en l’absence de l’Ukraine elle-même, Trump a dénigré le président ukrainien Volodymyr Zelensky, le qualifiant de « comédien au succès modeste » et de « dictateur sans élections » qui « a fait un travail épouvantable ».

Neuf jours plus tard, le 28 février, Trump et le vice-président JD Vance ont publiquement attaqué Zelensky dans le Bureau ovale :Vance a qualifié Zelensky d’« irrespectueux » et lui a demandé à plusieurs reprises de remercier Trump, tandis que Trump a déclaré à Zelensky : « Tu n’as pas les cartes en main. » Il s’agissait probablement du cas le plus flagrant d’intimidation impérialiste publique jamais enregistré. Trump a conclu la réunion en se vantant: « Ça va faire une super émission de télévision. »

Ce chantage exercé dans le Bureau ovale a effectivement contraint l’Ukraine à signer un soi-disant « accord sur les minerais » permettant aux États-Unis de piller les ressources naturelles ukrainiennes, en particulier le pétrole et le gaz. Zelensky a également accepté la proposition de Trump d’un cessez-le-feu immédiat pendant que se déroulaient les négociations en vue d’un règlement de paix, une position que l’Ukraine maintient encore aujourd’hui. La partie russe est restée sur sa position selon laquelle il ne peut y avoir de cessez-le-feu tant qu’un règlement définitif n’a pas été conclu.

Au cours de l’année 2026, l’Ukraine a regagné du terrain su rla ligne de front et mené une campagne aérienne efficace à moyenne portée contre les moyens militaires et logistiques russes dans les territoires occupés par la Russie, ainsi qu’une campagne aérienne à longue portée contre les raffineries de pétrole et de gaz russes et leurs installations d’exportation. Lors du sommet de l’OTAN en Turquie, le 8 juillet, soucieux comme toujours d’être perçu comme faisant partie du camp des vainqueurs, Trump a déclaré que Zelensky« avait fait un travail remarquable ». Il a ajouté qu’il avait approuvé la demande de l’Ukraine visant à fabriquer des systèmes de missiles Patriot, seule défense efficace contre les missiles balistiques russes. Cette annonce a constitué une surprise pour Raythepn et Lockheed Martin, qui détiennent les droits de propriété et de fabrication des systèmes Patriot.

De nombreux observateurs estimaient désormais que Trump avait fini par soutenir l’Ukraine face aux manœuvres d’esquive de la Russie. Mais le 31 juillet, Trump a déclaré qu’il n’avait pas accepté d’accorder à l’Ukraine une licence pour fabriquer des systèmes de missiles Patriot.

Pendant ce temps, alors que les forces militaires russes continuaient de ne pas parvenir à réaliser de gains territoriaux substantiels le long des lignes de front malgré des pertes humaines record lors de leurs assauts, la Russie a intensifié sa campagne aérienne contre des cibles civiles dans des villes éloignées des lignes de front. Les défenses aériennes ukrainiennes étaient épuisées. Les missiles Patriot destinés à l’Ukraine ont été réaffectés à la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran. Les drones intercepteurs ukrainiens, qui s’étaient révélés efficaces contre les drones Shahed importés d’Iran, n’étaient pas assez rapides pour arrêter les nouveaux drones russes Geran 5 à grande vitesse, propulsés par des turboréacteurs importés de fabrication chinoise.

Campagne de bombardements russes visant à rendre les villes inhabitables

La stratégie militaire de la Russie semble désormais consister à rendre les villes ukrainiennes inhabitables par des bombardements massifs et à briser la volonté des Ukrainiens de résister à l’invasion russe. Les frappes aériennes russes visent des immeubles d’habitation et des infrastructures civiles, notamment des hôpitaux, des écoles, des centres commerciaux, des entrepôts, des centres de données, des trains et des bus publics, et en particulier les infrastructures énergétiques, dans le but de paralyser les réseaux d’électricité, de chauffage, d’eau et d’assainissement de l’Ukraine.

Vivre sans électricité ni eau courante est une épreuve très difficile alors que le temps se rafraîchit déjà, s’approchant des températures négatives de l’hiver ukrainien. Mais il y a pire encore. La campagne aérienne russe joue à la roulette russe avec les 19 réacteurs nucléaires ukrainiens en ciblant les sous-stations qui alimentent en électricité les systèmes de refroidissement destinés à empêcher les fusions nucléaires dans les cœurs des réacteurs et les bassins de stockage du combustible usé. Les six réacteurs de Zaporijia sont sous occupation russe, où le personnel ukrainien a été brimé par une russification forcée, des actes de torture, des décès, ainsi que des procès-spectacles et des emprisonnements sur la base de fausses accusations de trahison envers la Russie. Le 14 février 2025, un drone russe a ouvert une brèche de 15 mètres carrés dans la structure de confinement recouvrant la tranche n° 4 de Tchernobyl et les débris radioactifs du cœur du réacteur laissés par sa fusion. Les neuf autres réacteurs ont fourni 80 % de l’électricité totale de l’Ukraine après que les frappes aériennes et les actes de sabotage russes eurent détruit la plupart des centrales à charbon, à gaz et hydroélectriques du pays. Ils sont désormais la cible de la campagne russe visant à priver l’Ukraine de toute alimentation électrique.

Les Ukrainiens ont enduré quatre hivers marqués par des coupures de courant de plus en plus fréquentes, qui ont ’alimentation électrique, le chauffage et les réseaux d’eau dépendant de pompes électriques. Les dégâts causés aux réseaux d’assainissement par des coupures de courant encore plus importantes provoqueraient une crise humanitaire et sanitaire dans les villes ukrainiennes dont les réseaux d’eau et d’assainissement dépendent entièrement de pompes électriques reliées au réseau énergétique central. La Russie a pris pour cible à plusieurs reprises la seule station d’épuration de Kiev. Sans réseau d’assainissement opérationnel, la population sera exposée à des épidémies de maladies mortelles d’origine hydrique, notamment le choléra, la typhoïde et la dysenterie, d’autant plus que les hôpitaux et les cliniques seront eux aussi privés d’électricité,de chauffage et d’eau.

Génocide dans les territoires occupés par la Russie

La situation des Ukrainiens dans les territoires occupés par la Russie est également désastreuse. La russification forcée est la politique menée par les autorités d’occupation russes. Les Ukrainiens doivent se procurer un passeport russe s’ils veulent avoir accès à l’école, aux soins de santé ou à tout service public, ainsi qu’à des services privés tels que les banques, et pour éviter l’expropriation de leurs logements, fermes et entreprises faute de titres de propriété russes en bonne et due forme. Les personnes sont sanctionnées pour avoir parlé ukrainien en public, qu’il s’agisse de violences physiques dans les écoles ou d’intimidations dans les espaces publics de la part de la police et d’autres autorités d’occupation. Le refus ou la défiance font passer une personne pour pro-ukrainienne,  la torture et le meurtre. Le viol est systématiquement utilisé par les occupants russes pour intimider et démoraliser les Ukrainiens sous occupation.

L’interdiction de parler ukrainien en public va de pair avec la destruction physique de la culture ukrainienne. Les forces russes ont systématiquement mené des raids dans les écoles locales et les bibliothèques publiques pour confisquer et brûler des dizaines de milliers de livres en ukrainien, les remplaçant entièrement par de la littérature d’État russe et de la propagande de guerre. Les marchés du livre, les entrepôts et les maisons d’édition de l’Ukraine libre ont également été systématiquement pris pour cibles  par les frappes aériennes russes. Les occupants russes se sont également livrés à un effacement culturel en pillant les musées ukrainiens et en détruisant les bâtiments et monuments historiques ukrainiens.

La Russie se livre à une ingénierie démographique visant à modifier la composition ethnique des territoires occupés en enlevant des dizaines de milliers d’enfants ukrainiens à des fins de russification et de rééducation militarisée, en transférant de force des centaines de milliers d’autres Ukrainiens vers la Russie,et en encourageant le colonialisme de peuplement par l’arrivée de cinq millions d’immigrants russes d’ici 2030. En 2023, la Cour pénale internationale a émis des mandats d’arrêt à l’encontre du président russe Vladimir Poutine et de la commissaire russe aux droits de l’enfant, Maria Lvova-Belova, pour crimes de guerre liés à leur rôle dans ces enlèvements d’enfants sanctionnés par l’État. Les observateurs des droits de l’homme estiment qu’entre 900.000 et 1,6 million de citoyens ukrainiens ont été interrogés, détenus et déportés de force vers la Fédération de Russie via des camps de filtrage systématiques. Les autorités ukrainiennes affirment que plus de 16.000 civils ukrainiens sont emprisonnés en Russie.

L’indice Freedom House 2026 sur les droits politiques et les libertés civiles classe les territoires ukrainiens occupés par la Russie comme les plus répressifs au monde, pire que d’autres territoires occupés tels que la bande de Gaza, le Tibet et le Sahara occidental, ainsi que des pays extrêmement répressifs comme l’Afghanistan, la Corée du Nord et le Soudan. Les territoires ukrainiens occupés par la Russie ont reçu la seule note négative de l’indice, car les autorités russes « modifient délibérément la composition ethnique d’un pays ou d’un territoire afin de détruire une culture ».

Famine à Olechky

Dans l’ensemble des territoires occupés, les civils souffrent de la défaillance des réseaux d’électricité et d’eau, d’un manque de services médicaux et d’un exode de la population. Dans deux localités de l’oblast de Kherson, Olechky et Hola Prystan, les civils sont assiégés depuis fin 2025 et souffrent de la famine. Les autorités russes ont empêché l’acheminement de denrées alimentaires et de fournitures médicales vers ces localités. Les routes menant à l’extérieur sont minées. Les gens en sont réduits à manger de l’herbe, les récoltes de leurs potagers ayant été épuisées. L’Ukraine a envoyé des drones pour larguer de l’aide alimentaire lyophilisée, mais les Russes tentent d’abattre ces drones et de confisquer les provisions qui atteignent le sol. Les Ukrainiens surpris en possession de cette nourriture ont été arrêtés en tant que « collaborateurs de l’ennemi ».

Des opérateurs de drones russes sont infiltrés et formés au sein de ces communautés. Ils s’entraînent à piloter leurs drones lors de « safaris humains » qui ciblent des civils de l’autre côté du Dniepr à l’aide de drones équipés d’une vue à la première personne, leur permettant de voir les civils qu’ils tentent d’assassiner. Les civils ukrainiens d’Olechky et de Hola Prystan servent de boucliers humains, car l’armée ukrainienne refuse de tirer avec ses drones sur les opérateurs russes infiltrés dans les quartiers résidentiels ukrainiens.

Le 16 octobre, trois jours après son opération pour un cancer du poumon, le pape Léon a appelé Poutine pour demander un cessez-le-feu humanitaire afin d’acheminer l’aide à Oleshky et de mettre en place un couloir de sécurité permettant aux habitants de rejoindre l’Ukraine libre. Le pape a également appelé Zelensky, qui a accepté sa proposition. Poutine a toutefois déclaré qu’il était ouvert à l’acheminement d’une aide alimentaire vers Olechky, mais pas à un cessez-le-feu ni à un couloir humanitaire de sortie. Au moment de la rédaction de cet article (22octobre), aucune aide alimentaire n’était parvenue à Olechky.

Les bombardements ciblés de civils et d’infrastructures civiles, ainsi que la famine provoquée, constituent des crimes de génocide au sens de la Convention des Nations unies de 1948 sur le génocide. L’effacement culturel systématique est un crime contre l’humanité au sens du Statut de Rome de la Cour pénale internationale. La Cour pénale internationale a émis des mandats d’arrêt à l’encontre de quatre hauts responsables militaires russes pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité liés aux attaques visant des civils et des infrastructures civiles en Ukraine. Le bureau du procureur général ukrainien a recensé plus de 200.000 crimes de guerre présumés commis par les forces russes contre des Ukrainiens depuis le début de l’invasion à grande échelle

L’offensive militaire de Trump contre l’Ukraine en octobre

Alors que toutes ces agressions militaires et ces crimes de guerre ont été perpétrés par la Russie, Donald Trump n’a pratiquement rien dit pour s’y opposer.

S’adressant aux journalistes le 19 octobre, Trump a déclaré :« La Russie, franchement, s’est bien comportée vis-à-vis de l’Ukraine. Elle n’a pas fait grand-chose. » Il a ensuite condamné l’Ukraine : « Nous avons beaucoup donné à l’Ukraine.Elle ne nous a rien donné. Souvenez-vous-en. »

Alors que de nombreux commentateurs se sont laissés berner parles suggestions occasionnelles de Trump selon lesquelles il pourrait faire davantage pour soutenir l’Ukraine, celui-ci n’a jamais donné suite. Son discours habituel consiste à affirmer que Poutine veut la paix et que Zelensky en est l’obstacle.

Mais en dehors du monde imaginaire et puéril de Trump, les faits sont les suivants : tout au long du second mandat de Trump, Zelensky a soutenu un cessez-le-feu et des négociations, et a proposé un accord de compromis fondé sur un gel de la ligne de front actuelle et sur le renoncement de l’Ukraine à l’adhésion à l’OTAN si d’autres garanties de sécurité pouvaient être obtenues. L’opinion publique ukrainienne a toujours soutenu cette perspective de compromis difficiles, à condition qu’il y ait des garanties de sécurité internationales, tout en continuant à résister à l’invasion russe si ces conditions ne sont pas remplies.

Poutine continue d’insister sur le fait qu’il ne peut y avoir de cessez-le-feu tant qu’un règlement définitif n’aura pas été négocié. Selon lui, un tel règlement doit inclure la cession par l’Ukraine des territoires qu’elle contrôle dans les oblasts que la Russie prétend avoir annexés, la réduction de la taille de son armée et le renoncement à toute alliance militaire qui garantirait sa sécurité (« démilitarisation »), ainsi que la tenue de nouvelles élections pour changer le gouvernement ukrainien («dénazification»).

Au cours des deux dernières semaines, Trump s’est ouvertement rangé du côté de Poutine pour soutenir sa guerre contre l’Ukraine.

Vendredi 9 octobre – Accord Trump-Poutine sur le diesel

Une délégation d’Ukrainiens et d’Européens s’est réunie à Miami avec Steve Witkoff et Jared Kushner, officiellement pour discuter de propositions de paix. Alors que cette réunion se tenait,Trump a appelé Poutine et, à l’issue de leur entretien téléphonique de 90 minutes, a annoncé un « accord sur le diesel » avec la Russie :

  • Les États-Unis achèteront 13,5 millions de barils de diesel russe d’ici fin 2026.
  • Les États-Unis lèveront leurs sanctions sur les importations de diesel russe jusqu’au 1er avril 2027.
  • Les États-Unis achèteront une grande quantité d’engrais russes.
  • L’Ukraine mettra fin à ses frappes aériennes contre les raffineries de diesel russes.

Trump a présenté cet accord sur le diesel comme un moyen de faire baisser les prix du diesel aux États-Unis, qu’il jugeait exorbitants, et qu’il attribuait aux frappes aériennes de l’Ukraine contre les raffineries de diesel russes plutôt qu’à sa guerre contre l’Iran, qui a entraîné le blocage des exportations de pétrole via le détroit d’Ormuz. En réalité, la consommation nationale américaine de diesel s’élevant à 3 millions de barils par jour, cet accord portant sur 13,5 millions de barils ne couvrira que 4,5 jours de consommation américaine au cours des trois prochains mois, ce qui ne fera pas baisser de manière significative le coût du diesel sur le marché intérieur.

La délégation ukrainienne et européenne a été prise au dépourvu par l’appel simultané à Poutine et l’annonce de l’accord sur le diesel. Kushner a déclaré aux Ukrainiens et aux Européens stupéfaits que les renseignements américains concernant les frappes aériennes russes à venir pourraient être interrompus si l’Ukraine ne cessait pas ses frappes aériennes contre les raffineries de diesel russes.

La délégation ukrainienne et européenne, furieuse, a alors quitté la réunion. Zelensky a condamné cet accord, estimant qu’il servait à financer la machine de guerre russe. Youri Ouchakov, un proche de Vladimir Poutine, a déclaré que le dirigeant russe avait rejeté la perspective de pourparlers de paix lors de son entretien téléphonique avec Trump ce jour-là et avait affirmé que la Russie continuerait à se battre jusqu’à ce qu’elle ait atteint "tous ses objectifs".

Samedi 10 octobre – Trump reproche à Zelensky la hausse des prix du diesel.

Trump a déclaré aux journalistes avant de partir pour un rassemblement de campagne dans le Tennessee que Zelensky « veut causer des problèmes au monde entier. Il veut causer des problèmes à nos agriculteurs et à nos éleveurs avec le diesel. Je leur suggère de se trouver un nouveau dirigeant capable de conclure un accord, car il aurait pu conclure de nombreux accords, mais pour une raison quelconque, il ne le fait jamais ». Elon Musk s’est rallié à Trump dans un messsage sur X affirmant qu’il était temps que Zelensky s’en aille.

Dimanche 11 octobre : Trump déclare un « cessez-le-feu énergétique »

Sur sa plateforme Truth Social, Trump a déclaré : « À compter de maintenant, il y a un CESSEZ-LE-FEU ÉNERGÉTIQUE dans la guerre entre la Russie et l’Ukraine. Les deux parties sont d’accord. Ne le rompez pas ! »

Adoptant une position plus conflictuelle à l’égard de Trump que par le passé, Zelensky a déclaré que Trump ne l’avait pas consulté et a qualifié cela d’«accord conclu en coulisses». Il a qualifié cet accord de « tout à fait terrible », « ni juste ni honnête ». Il a ajouté : « Cela fait le jeu de la Russie : cela lui permet de tuer davantage, de mener la guerre plus longtemps, d’avoir encore moins de respect pour les États-Unis et d’infliger des pertes et des dégâts encore plus importants au monde entier. »

Zelensky a également déclaré qu’il était prêt à mettre fin aux attaques contre les raffineries de pétrole russes si, en contrepartie, la Russie cessait ses attaques contre les infrastructures électriques ukrainiennes. En réponse à la demande de Trump selon laquelle l’Ukraine devait « se doter d’un nouveau dirigeant », Zelensky a déclaré à ABC News dans l’émission «This Week » qu’il organiserait des élections si Poutine acceptait un cessez-le-feu total de 60 jours.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, et le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, ont rejeté ce cessez-le-feu, Lavrov affirmant : « Je ne pense pas qu’il [Zelensky] mérite un répit. »

Du dimanche 11 au jeudi 14 octobre : un cessez-le-feu énergétique unilatéral

L’Ukraine a suspendu ses frappes contre les raffineries de pétrole russes pendant trois jours. La Russie a continué à bombarder les infrastructures énergétiques ukrainiennes.

L’administration Trump a déclaré dimanche 11 octobre que son «cessez-le-feu énergétique » ne s’appliquait qu’aux raffineries de pétrole, autorisant ainsi la Russie à continuer de frapper les centrales électriques et les infrastructures du réseau électrique ukrainiens. L’Ukraine ne dispose d’aucune raffinerie de pétrole en activité. La Russie a attaqué et mis hors service à plusieurs reprises la dernière raffinerie ukrainienne.

Lundi 12 octobre : les États-Unis cessent de transmettre les alertes des services de renseignement concernant les missiles russes en approche

L’Ukraine constate que les États-Unis ont cessé de transmettre les alertes issues du renseignement satellitaire concernant les frappes aériennes imminentes. Des missiles russes et des drones Geran-5 à grande vitesse frappent des villes ukrainiennes avant que les sirènes d’alerte ne puissent avertir la population de se mettre à l’abri. Les responsables américains nient avoir coupé ces informations.

Mercredi 14 octobre : les États-Unis coupent l’accès de l’Ukraine à Starlink

Le réseau de communications par satellite Starlink d’Elon Musk— ainsi que son homologue militaire, Starshield — sont bridés,ce qui limite la capacité de l’Ukraine à se défendre contre les attaques de missiles balistiques russes et de drones à grande vitesse, ainsi qu’à mener des frappes aériennes contre les moyens militaires et logistiques russes dans les territoires occupés par la Russie. Les drones ukrainiens perdent leur connexion lorsqu’ils dépassent les 100 miles par heure, ce qui les rend inaptes à intercepter les drones russes à grande vitesse et à mener des frappes aériennes contre des cibles militaires russes dans les territoires occupés. Les capacités Starlink/Starshield de l’Ukraine ont toujours été géolocalisées afin d’empêcher l’Ukraine de les utiliser pour mener des frappes sur le territoire russe.

Des articles de presse s’appuyant sur des sources anonymes ont rapporté de diverses manières que cette décision émanait soit d’Elon Musk, soit de Donald Trump, ou encore que Trump et Musk s’étaient mis d’accord sur cette décision. Tous deux nient toute responsabilité. Des membres du Congrès réclament l’ouverture d’enquêtes pour faire toute la lumière sur cette affaire. Il semble difficile de croire que Musk et Trump ne soient pas sur la même longueur d’onde concernant cette décision.

Jeudi 15 octobre : l’Ukraine reprend ses frappes aériennes contre les raffineries de pétrole russes

Après avoir suspendu pendant trois jours ses frappes contre les raffineries de pétrole et de gazole russes, alors que la Russie continuait de bombarder les infrastructures énergétiques ukrainiennes, l’Ukraine a repris sa campagne aérienne contre l’industrie pétrolière russe. Zelensky a déclaré : «L’interdiction [d’attaquer les raffineries] est levée. C’est fini. » L’Ukraine a lancé une vague massive de plus de 1 000 drones visant l’ouest de la Russie et Saint-Pétersbourg, touchant un important terminal pétrolier, un grand centre de données et un pont stratégique de la ville.

Vendredi 16 octobre : Trump met fin aux sanctions pétrolières contre la Russie

Trump publie un décret suspendant les sanctions contre la Russie et annulant les nouveaux droits de douane sur les principaux acheteurs de pétrole et de gaz russes qui auraient dû entrer en vigueur en vertu du projet de loi Graham sur les sanctions qu’il avait signé en septembre.

Il s’exprime sur Newsmax pour fustiger Zelensky, déclarant : «Je ne suis pas un grand fan de Zelensky. Je trouve Zelensky plus difficile à gérer que Poutine. »

Dimanche 18 octobre : Zelensky affirme que l’Ukraine perdra si les États-Unis s’engagent dans la guerre de la Russie

Interrogé sur les récentes mesures américaines à l’encontre de l’Ukraine dans l’émission « Meet the Press » de NBC,Zelensky a déclaré : « Je veux dire, c’est incroyable. C’est une tragédie. C’est une erreur historique. Et une grande tragédie. C’est pourquoi je pense que, euh, je ne veux pas me faire d’illusions. Mais je pense que nous devons être pragmatiques. S iles États-Unis prennent officiellement le parti de la Russie —bien sûr, si ces deux pays s’allient, bien sûr, bien sûr que nous ne l’emporterons pas. Et nous ne pourrons pas tenir le coup. C’est compréhensible. »

Trump publie sur Truth Social : « Franchement, avec tout l’argent que l’Europe lui donne, comme tout le monde le sait, et que ce malhonnête de Joe Biden lui a donné par le passé, il ne veut pas mettre fin à cette guerre, et n’a probablement jamais voulu le faire. »

Lundi 19 octobre : les États-Unis bloquent la livraison de missiles de défense aérienne Patriot destinés à l’Ukraine

Les États-Unis bloquent le transfert de missiles de défense aérienne Patriot que des pays européens ont achetés pour le compte de l’Ukraine dans le cadre de la « Prioritized Ukraine Requirements List », un système d’approvisionnement conjoint des États-Unis et de l’OTAN visant à financer la livraison d’armes de fabrication américaine à l’Ukraine.

Trump déclare aux journalistes à la Maison Blanche : « Zelensky n’aide pas beaucoup. Je pense qu’il ne veut pas y mettre fin. Je pense qu’il est temps que quelqu’un d’autre négocie au nom de l’Ukraine. »

Zelensky écrit sur Telegram : « Une fois de plus, il y a eu une attaque russe à missiles balistiques en plusieurs vagues pendant la nuit, et une fois de plus, aucun avertissement n’a été donné par nos partenaires. Nous avons accueilli favorablement littéralement CHAQUE tentative de nos partenaires visant à mettre fin à cette guerre dans la dignité. Il est très important d’appeler les choses par leur nom. Nous devons appeler l’agresseur un agresseur et aider l’Ukraine à protéger des vies. Lorsque les livraisons de missiles destinés à la défense aérienne de l’Ukraine sont bloquées, alors que la Russie bénéficie d’un allègement ou d’un report des sanctions, il s’agit malheureusement d’un déni de réalité de la part de nos partenaires. »

Mardi 20 octobre : Witkoff rencontre Zelensky à Oslo

Lors d’une réunion tendue à Oslo, Steve Witkoff et (par téléconférence) Jared Kushner ont réprimandé Zelensky pour avoir critiqué Trump et ont fait pression pour que l’Ukraine fasse des concessions territoriales afin de garantir un accord de paix avec la Russie. Bien que les détails n’aient pas été divulgués, Witkoff s’est rendu le lendemain à Saint-Pétersbourg pour une rencontre avec Poutine, muni de nouvelles propositions d’accord de paix. La réunion d’Oslo a également appelé à la tenue de pourparlers tripartites entre l’Ukraine, la Russie et les États-Unis.

Mercredi 21 octobre : Witkoff qualifie Poutine et Trump d’«humanitaires» à Saint-Pétersbourg

Witkoff a rencontré Poutine à Saint-Pétersbourg, en Russie, pour discuter de la guerre en Ukraine. À l’issue de cette rencontre de trois heures, le conseiller du Kremlin en matière de politique étrangère, Youri Ouchakov a rejeté les nouvelles propositions issues du sommet d’Oslo, les qualifiant de « peu utiles ». Poutine a toutefois accepté « en principe » de reprendre le mois prochain les pourparlers trilatéraux entre la Russie, l’Ukraine et les États-Unis.

La Russie a libéré Stephen Hubbard, un enseignant américain à la retraite qui vivait à Izium, dans l’est de l’Ukraine, lorsque l’invasion à grande échelle a commencé. Les Russes avaient accusé cet enseignant à la retraite âgé de 70 ans d’être un mercenaire et l’avaient condamné à sept ans de prison. S’exprimant devant les caméras au sujet de la libération de Stephen Hubbard, Witkoff a déclaré : « Vous parlez tant de mon président, le président Trump, en le qualifiant d’humanitaire. Vous êtes vous aussi un humanitaire, monsieur, et je vous en félicite. Je vous en félicite et je vous en remercie encore. »

Quelques heures après la rencontre de Witkoff avec l'«humanitaire » Poutine, la Russie a lancé un barrage massif de 21 missiles balistiques et de plus de 200 drones contre Kiev et d’autres régions ukrainiennes. Trois des missiles balistiques lancés transportaient des armes à sous-munition. Ces ogives sont conçues pour exploser en plein vol et disperser des dizaines de petites «bombes» destinées à tuer des personnes dans un rayon de 400 mètres. Les frappes russes ont touché des immeubles d’habitation, des centres commerciaux, des entreprises, des infrastructures énergétiques, une gare ferroviaire et le réseau de métro de Kiev. Un missile s’est abattu dans le quartier historique de Pechersk, près de la Laure de Kiev-Pechersk et du monastère de la Sainte-Présentation, berceau du christianisme orthodoxe oriental et symboles spirituels, historiques et culturels essentiels de l’identité ukrainienne.

La résistance ukrainienne persiste

Le Wall Street Journal a rapporté aujourd’hui, 22 octobre, que Trump avait appelé Musk pour rétablir les capacités de Starlink en Ukraine. Des responsables militaires ukrainiens ont déclaré que Starlink fonctionnait mieux à certains endroits, mais que le fonctionnement n’était pas encore revenu à la normale sur l’ensemble du champ de bataille.

Les Ukrainiens sont en colère face aux récentes actions et déclarations de Trump. Ils se sont ralliés à Zelensky. Un sondage de l’Institut international de sociologie de Kiev (KIIS), publié le 20 octobre, a révélé qu’entre le 8 et le 9 octobre, 43 % des Ukrainiens faisaient confiance à Zelensky, tandis que 52 % ne lui faisaient pas confiance. Après que Trump eut annoncé l’accord sur le diesel le 9 octobre et s’en soit pris à Zelensky, coupé les renseignements sur les missiles en approche, désactivé les capacités de Starlink et levé les sanctions pétrolières contre la Russie, le taux de confiance envers Zelensky a grimpé à 57 %, tandis que la part de ceux qui se méfiaient de lui est tombée à 39%.

Les sondages KIIS réguliers, réalisés depuis le début de l’invasion à grande échelle jusqu’à ce mois-ci, montrent qu’une large majorité d’Ukrainiens soutient la proposition de compromis de Zelensky visant un cessez-le-feu sur la ligne de front actuelle, à condition que l’Ukraine obtienne des garanties de sécurité internationales contre toute nouvelle agression russe. Dans l’intervalle, les Ukrainiens soutiennent la poursuite de la résistance face à l’invasion russe.

Parallèlement, le mouvement international de solidarité avec l’Ukraine continue de faire pression sur ses gouvernements pour qu’ils accordent davantage d’aide humanitaire, économique et militaire à l’Ukraine. Avec Trump au pouvoir aux États-Unis, le Réseau de solidarité avec l’Ukraine (États-Unis) se concentre sur l’aide matérielle directe, de personne à personne, aux Ukrainiens. Il s’associe à des syndicats et à des mouvements sociaux à travers l’Europe et les Amériques pour soutenir un Convoi international de solidarité vers l’Ukraine. Le convoi traversera l’Europe par trois itinéraires : au départ de la Norvège par le nord, de l’Irlande par l’ouest, et de l’Espagne et de l’Italie par le sud. Il organisera des rassemblements et des réunions d’information en faveur de l’Ukraine tout au long de son parcours et convergeront vers Varsovie, en Pologne. De là, il se rendra en Ukraine avec des générateurs, du matériel médical et d’autres fournitures d’aide qui seront distribués à Lviv, dans l’ouest de l’Ukraine, à Kiev, dans le centre du pays, puis dans les communautés situées en première ligne dans l’est de l’Ukraine. Le convoi aura lieu fin novembre et sollicite un soutien financier et bénévole.

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