Ukraine : l’hiver de tous les dangers
D’un côté, la loi de la jungle. De l’autre, une résistance tenace pour une autre société, pour la solidarité entre les peuples, pour la vie.

Article de Laurent Vogel, RESU-Belgique
18 octobre 2026
L’hiver qui vient s’annonce particulièrement dur pour le peuple ukrainien. Alors que les lignes du front bougent très peu depuis deux ans, que chaque kilomètre carré conquis par la Russie se fait au prix de la vie de milliers de soldats, le régime de Poutine a intensifié les bombardements. L’objectif est d’anéantir les infrastructures qui permettent la survie : système énergétique, stations d’épuration des eaux, chauffage et transport public. Le New York Times du 2 octobre fait état d’un plan de l’armée russe destiné à paralyser la production d’électricité. Les moyens de la défense anti-aérienne ukrainienne sont insuffisants par rapport aux capacités croissantes de l’industrie militaire russe et à ses progrès technologiques. La livraison de missiles à l’Ukraine par des pays européens est trop faible pour faire front efficacement dans un contexte où les attaques lancées par les Etats-Unis contre l’Iran ont réorienté la demande solvable vers les pays du Golfe et l’Arabie saoudite.
Les récentes initiatives de Trump apportent un soutien de taille à Poutine. Craignant une défaite électorale des Républicains aux élections de mi-mandat, le président des Etats-Unis a annoncé le 9 octobre un accord sur l’importation de gazole russe vers les Etats-Unis. Le prétexte est que cela permettrait de faire baisser le prix du diesel à la pompe.
De toute évidence, l’augmentation du prix des carburants ne dépend pas de la guerre en Ukraine. Elle résulte des attaques militaires des Etats-Unis contre l’Iran et de l’incapacité de l’administration Trump de se dégager de ce conflit. Le gazole exporté de Russie ne représente qu’une très faible partie de la consommation des Etats-Unis. Cet accord ouvre la voie à la levée d’une partie des sanctions. Ce qui augmentera considérablement les moyens du Kremlin de financer la guerre.
D’autre signaux inquiétants sont apparus : des interruptions de la transmission d’information concernant les bombardements russes de villes ukrainiennes, une suspension de la couverture Starlink pour des opérations dela défense anti-aérienne ukrainienne. Au stade actuel, il est impossible de savoir s’il s’agit de coups de semonce pour contraindre l’Ukraine à céder aux pressions de Trump ou s’il s’agit d’un tournant plus durable de la part des Etats-Unis. La politique extérieure de Trump est tellement chaotique et imprévisible, elle mêle de manière si sordide, sa vision politique et ses intérêts personnels, qu’elle a suscité une fronde de la part de députés et sénateurs républicains.
Pendant ce temps, en Europe, l’extrême-droite - qui partage les valeurs fondamentales de Poutine - bénéficie de contextes électoraux qui lui sont favorables. Elle pourrait accéder au pouvoir en France et dans d’autres pays d’Europe, seule ou en alliance avec la droite traditionnelle.
Dans une interview au Financial Times, Marine Le Pen annonce le 14 octobre que, si elle est élue, elle mettra fin du soutien à l’Ukraine. Le même jour, au parlement du Land allemand de Saxe-Anhalt, une résolution a obtenu une majorité absolue des voix pour exiger du fin du soutien allemand à l’Ukraine. C’est le résultat de la convergence entre l’AFD (extrême-droite) et le BSW (gauche conservatrice et xénophobe).
En Espagne, l’alliance entre le Parti Populaire (droite traditionnelle) et Vox (extrême-droite) est bien placée dans les sondages pour les élections qui se dérouleront le 29 novembre. Depuis le début de la guerre massive, Vox s’oppose à l’aide militaire que le gouvernement socialiste apporte l’Ukraine mais il mène campagne sur d’autres thèmes, principalement la haine contre les migrants et l’anti-féminisme. Une partie de la gauche en dehors du parti socialiste s’oppose également à cette aide militaire et préconise une nouvelle mouture de la « non-intervention » qui contribua à la victoire de Franco en 1939. Le premier-ministre espagnol est devenu la cible principale des attaques de Trump en Europe. En raison de sa politique étrangère et, surtout, parce que a régularisation de presque 800.000 personnes sans papiers a constitué un précédent unique à l’échelle mondiale. Les attaques systématiques de Trump contre Pedro Sanchez constituent depuis l’été 2026 l’ingérence la plus massive des Etats-Unis dans la politique d’un pays de l’Union européenne. Ces attaques sont relayées en Europe par un éventail de forces qui va de Giorgia Meloni en Italie (extrême-droite) à Mette Frederiksen au Danemark (social-démocratie). Quelles que soient leurs positions sur l’Ukraine, les tenants des politiques xénophobes en Europe participent de la même dynamique que Poutine et Trump dans leur rejet de l’Etat de droit, du respect des droits humains fondamentaux et du contrôle exercé par une justice indépendante.
Dans ce contexte, la solidarité « du bas vers le bas » avec l’Ukraine est plus que jamais nécessaire. Nous connaissons nos limites . L’aide matérielle que nous apportons soutient localement l’une ou l’autre expression de la résistance populaire ukrainienne. Elle n’en reste pas moins une goutte d’eau dans l’océan des besoins. Elle contribue cependant à ancrer dans la conscience que « l’Ukraine est proche » que cette guerre nous concerne directement, que ses enjeux pèsent lourd sur notre propre destin. D’un côté, la loi de la jungle, l’affirmation cynique des priorités de modèles économiques basés sur les énergies fossiles. De l’autre, une résistance tenace, obstinée pour une autre société, pour la solidarité entre les peuples, pour la vie.
Laurent Vogel (RESU-Belgique)
19 octobre 2026

N'hésitez pas à participer à notre campagne pour le Convoi de solidarité de novemnre
Tous les dons sont les bienvenus sur le compte du Comité belge du Réseau européen de solidarité Ukraine. Veuillez mentionner « Soutien Convoi ». Vous pouvez étaler votre don sur plusieurs mois via un ordre permanent si vous le désirez.
Compte « Solidarité pour l’Ukraine »
IBAN BE44 9502 4610 9745
BIC : CTBKBEBX
Site web du convoi: https://solidarityconvoyukraine.com/
Site web du RESU-Belgique: https://solidarity-ukraine-belgium.com
Si vous désirez recevoir uneinformation régulière sur la situation en Ukraine et les initiatives desolidarité, abonnez-vous gratuitement à notre newsletter. Pour s'inscrire, CLIQUEZ ICI






